Les Quenouilles Anthropomorphes en Bois Sculpte: Du Musée de la Ville de Palmi

Les Quenouilles Anthropomorphes en Bois Sculpte: Du Musée de la Ville de Palmi

Prof. Dr. Nicolas Vernicos et Dr. Pier-Giovanni d’Ayala

Citer comme: Vernicos, N. et P-R. d’ Ayala, 2022. Les Quenouilles Anthropomorphes en Bois Sculpte: Du Musée de la Ville de Palmi. Archive, 18(1), (Feb): 18-25. DOI: 10.5281/zenodo.5915101 ARK: 13960/s2xh66mktf8

Résumé
Présentation de quenouilles du Musée de la ville de Palmi (Calabre) ►Le conocchie del Museo Calabrese di Etnografia e Folklore Raffaele Corso di Palmi◄ Images, lors d’une visite en 1971. Dessins de Nicolas Vernicos et quelques comparaisons avec des sculptures traditionnelles de Grèce. (Mise à jour à l’aide de nouvelles images de quenouilles).

Le Musée de la ville de Palmi
Le Musée de la ville de Palmi, en Calabre, possède une belle collection d’instruments populaires en bois sculpté et ciselé, dont un remarquable ensemble (en1970) d’environ 150 quenouilles avec lesquelles les femmes filaient.

En 1971, époque à laquelle nous avions visité le musée, l’origine de cet ensemble qui nous intéresse plus particulièrement était inconnue. Le conservateur du musée n’avait pas pu établir des fiches d’origine ses objets au moment de leurs acquisition; il pensait qu’une partie des objets proviennent des régions nord et nord-est de la province de Reggio-Calabria.

Conocchie del Museo Calabrese di Etnografia e Folklore Raffaele Corso di Palmi
Conocchie del Museo Calabrese di Etnografia e Folklore Raffaele Corso di Palmi https://www.sergiostraface.it/museo-calabrese-di-etnografia-e-folklore-raffaele-corso-di-palmi/ (2020)

Quant à la date de fabrication, elle restait aussi imprécise que le lieu d’origine. L’opinion du conservateur étant que cet art avait disparu dans l’après-guerre. Nous avons cependant pu constater que certains des objets (quenouilles et bâtons) n’étaient pas finis et portaient des marques au crayon Bic; ce qui constitue une preuve de leur contemporanéité. Il semblerait que la demande pour ce type d’objets émanant du Musée aurait incité certaines personnes à fabriquer des quenouilles ad-hoc.

Dans un même sens nous avons pu constater, en discutant avec une vielle dame, qui était l’auteur de certaines pièces du musée (ex-voto en forme d’oiseaux, et vases en bois) qu’elle ignorait tout de la fabrication des quenouilles. Aussi, après avoir discuté avec des informateurs de la ville, Pier-Giovanni d’Ayala, a pu croire que l’artisanat des objets en bois restait encore vivant, et pourrait reprendre dans les années 1970; à coté de ceux du tissage et de la céramique d’art.

Une première étude de la collection, que nous avons photographié laisse l’impréssion d’un ensemble d’origines et de périodes très disparates. Pour quelques-unes des quenouilles il nous a semblé, que nous pouvions affirmer avec certitude que la fabrication datait du siècle dernier. La mise en adjudication d’une «Rara conocchia calabrese, XIX secolo»[1], tout comme les habits de certaines figures confirme cette opinion.

D’autre part, nous avons constaté que l’on pouvait regrouper plusieurs quenouilles du fait qu’elle portait le cachait de la même main, ce qui permet de supposer l’existence d’artisans spécialisés dans la fabrication des objets de filage.

Si dans leur majeure partie les quenouilles de la Calabre se rapproche de leur décoration d’objets qui proviennent des éleveurs d’ovins et de caprins, nous avons trouvé, dans la collection du Musée de Palmi, des pièces qui par la finesse de la ciselure et par l’habillement des personnages sculptés, sont sans aucun doute possible, l’œuvre d’ateliers urbains et étaient destinés à l’usage de familles de bourgeois aisés.

Cinquante ans plus tard (2020), nous lisons sur le site Calabre, que « La culture, à Palmi, a un sens qui va bien au-delà des traditions populaires et du Folklore.»[2] Avec des images des vitrines actuelles du musée et les précisions:

«…il y a plus de 750 “quenouilles” (ou “conocchie”), outils tubulaires en bois pour le traitement et le filage de la laine. Il était d’usage d’en offrir aux jeunes mariées en cadeau de mariage: elles sont toutes différentes de par les sculptures, certaines très élaborées, dont elles étaient décorées.»

La quenouille calabraise du Musée de Palmi est un bâton de bois rond, d’un seul tenant d’environ 50 à 60 cm. Elle est sculptée et décorée dans sa partie supérieure sur une longueur de 18 cm. La laine ou les fibres destinées à être filés sont chargés autour d’une boule construite à l’aide de lames de bois en forme de feuilles recourbées, aui sont fixées dans des entailles du bâton.

La boule se situe généralement entre les 18 et 15 cm. du sommet et contiennent des petits cailloux, de sorte qu’en les remuant elle donne le bruit caractéristique du hochet. Il est probable que la quenouille ainsi parée puisse servir de hochet pour calmer les nourrissons, ou bien pour rythmer les mouvements du filage.

Vitrines du Musée
Vitrines du Musée [http://www.calabriadasogno.it/ • 30 Mars 2018.]
Ce qui est caractéristique de la plupart des quenouilles de Palmi c’est le personnage souvent féminin qui occupe les 13 à 16 derniers centimètres du sommet. Il existe une série de figurines plus ou moins stylisées, mais entre les cas extrêmes de stylisation géométrique et du naturalisme absolue. (Dans un cas d’art urbain le personnage sur le sommet de la quenouille est un chasseur armé et paré de tous se accessoires, la qualité de la ciselure étant celle du travail d’orfèvre j.) Dans d’autre cas la quenouille se termine par des personnages cérémoniaux (Fig. 1) qui ressemblent à des figurines de la Méditerranée préhistorique.

Dans tous les cas l’artiste prend soin de bien représenter l’habit et la coiffe des personnages sculptés, et aussi des chaussures. Ces éléments pourront, à notre avis constituer la base d’une datation et la recherche du lieu d’origine de certains objets.

Nous avons retenu dans la suite quelques quenouilles dont le personnage féminin est manifestement d’origine paysanne, mais l’on trouve à coté (Fig. 2) un cas d’habit plus élaboré, qui en plus des ciselures, porte des décorations en rouge et bleu. Cependant la polychromie reste extrêmement rare dans la collection du Musée de la Ville de Palmi.

Dans leur composition les quenouilles qui se terminent par une sculpture anthropomorphe, possèdent le point commun de disposer le personnage féminin sur le chapiteau d’une courte colonne. La figurine a en effet, une longueur d’environ 13 cm., tandis que la conne occupe les 5-6 cm. suivants. Il s’agit bien entendu de dimensions qui permettent de bien tenir l’instrument de filage.

Les figures que nous présentons ici, illustrent toute une gamme de ce genre de colonne, dont le pilier est généralement entouré de la boule sur laquelle est chargée la laine.

figures 1, 2, 3.
Figures 1, 2, 3 dans le texte
dessins fig. 3
Figure 4 dans le texte

La femme de la quenouille de la fig. 1, est montée sur un tailloir en forme d’enclume; suivi d’un chapiteau carré recouvert d’une décoration géométrique en quadrillé.

Le personnage polychrome de la fig. 2, est monté sur une structure complexe qui tout en s’éloignant nettement de la forme habituelle de la colonne, se rapproche par certains aspects des chapiteaux de style égyptien (mais il a une forme carrée).

Certaines autres quenouilles (dessins fig. 3 et 4) appartiennent à la famille d’objets dont le chapiteau a une forme anthropomorphique et porte deux ou trois tètes accolées. Ce sont des bifronts qui rappellent par leur stylisation des figurines de l’antiquité. Il est certes possible que les artisans artistes calabrais aient pu voir des dessins d’objet de l’antiquité.[3] Ajoutons que nous connaissons des quenouilles traditionnelles grecques montées d’un personnage féminin à deux têtes.[4]

La quenouille de la figure 5, au personnage très stylisé, possède quant à elle, une colonne de type byzantin, avec une sorte de croix sur le chapiteau, qui apparait clairement sur l’emprunte que nous avons prise. Cependant ici, étant donnée la stylisation le personnage n’est pas posé sur le chapiteau, mais c’est le corps et la poitrine de la figurine qui sont traités comme une colonne :

Sur d’autres quenouilles les colonnes, beaucoup plus grossières mais de formes rondes, sont dessinées dans les dessins des figures 5 et 6. Nous y avons également ajouté, le pilier ayant une forme octogonale de la fig. 7.

Voir des dessins d’objet de l’antiquité.[5] Ajoutons que nous connaissons des quenouilles traditionnelles grecques montées d’un personnage féminin à deux têtes.[6]

quenouilles sur les colonnes
Figure 5 dans le texte

Selon nos informateurs l’habit de la figurine et la forme de la colonne sur laquelle elle se tient, pourraient constituer des éléments de classement. En ce qui concerne les quenouilles qui portent des éléments architecturaux, certains existe, mais d’autres pourraient être datés d’avant le tremblement de terre dévastateur de 1905 qui a détruit 25 villages et 14 000 maisons.

conocchie di calabria
Figure 6 dans le texte

Aux images des quenouilles du Musée de Palmi nous avons ajouté des dessins géométriques gravés sur des objets en bois.

Mi aveva colpito la bellezza dei segni di quegli anonimi scultori, la forza espressiva data dalla tecnica dell’intaglio primitivo con la lama di un coltello e dall’immagine pura che incosciamente il pastore artista aveva espresso con segni arcaici.” https://www.antoniolagamba.it/diario/21-le-conocchie.

sergiostraface
Figure 7 https://www.sergiostraface.it/entity/conocchie/

Références
[1] Voir Cambi Time : https://www.cambiaste.com/uk/auction-0656/rara-conocchia-calabrese-xix-secolo-243301
[2] La Cultura, a Palmi, ha un significato che va ben aldilà delle tradizioni popolari ed il Folklore. http://www.calabriadasogno.it/casa-della-cultura-dimora-degli-splendori-della-calabria/
[3] Pour ce qui est des biffrons, il existe en plus des figurines bicéphales mésopotamiennes, les divinités Etrusques de la famille des Bifronts. Voir e.g. la statuette en bronze portant inscription chez Massimo Palotino, Testimonie ligue Etruscae, Florence 1954, p.640. Ainsi que les monnaies de la Ville de Velathri, cf. Mayani, Z. Les Etrusques commencent à parler. Paris, Arthaud, p.67, fig.9.
[4] Angeliki Khadzimikhali (en gr.) Saracatsanoi, Athènes 1957, vol/ 1, partie 2, p. 408, fig.262.
[5] Pour ce qui est des biffrons, il existe en plus des figurines bicéphales mésopotamiennes, les divinités Etrusques de la famille des Bifronts. Voir e.g. la statuette en bronze portant inscription chez Massimo Palotino, Testimonie ligue Etruscae, Florence 1954, p. .640. Ainsi que les monnaies de la Ville de Velathri, cf. Mayani, Z. Les Etrusques commencent à parler. Paris, Arthaud, p.67, fig.9.
[6] Angeliki Khadzimikhali (en gr.) Saracatsanoi, Athènes 1957, vol/ 1, partie 2, p. 408, fig.262.

Bibliographie
Cavalcanti, O. 1974. Le Canocchie di Calabria, Roma : Trevi Editore.
Khadzimikhali, A. 1957. Saracatsanoi, vol. 1, partie 2. Athènes: Idryma Agg. Khadzimikhali (en grec).
Mayani, Z. 1961. Les Etrusques commencent à parler. Paris : Arthaud.
Palotino, M. 1954, Testimonia linguae Etruscae. Selegit recognovit et indice verborum instruxit, Firenze: La nuova Italia.

© 2021 Nicolas Vernicos et Dr. Pier-Giovanni d’Ayala

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